AVANT-PROPOS

Cet ouvrage fut subventionné en l'année 1935 par le Council of Research in the Humanities of Columbia University; il fut commencé, poursuivi et achevé sous la direction immédiate de M. L. H Gray, professeur de linguistique comparée à la même université.

Auguste Brizeux ( 1806 ?- 58 ), poète breton et français, et grand amateur de sa patrie et de sa langue, passa bien du temps à composer un dictionnaire des noms de leix bretons. Ce dictionnaire, resté toujours inédit, vint enfin entre les mains de l'estimable libraire quimpérois, M. M. Le Dault. La bibliothèque de Columbia University l'acquit en l'année 1934.

Le manuscrit, intitulé Dictionnaire topologique de Bretagne, ou Explication raisonnée des principaux noms de lieux de ce pays, comprend huit gros cahiers. Les cinq premiers sont consacrés aux cinq départements bretons, l'un après l'autre; les trois derniers contiennent, dans l'ordre alphabétique de A jusqu'à L, les articles des autres cahiers; l'oeuvre reste donc incomplète.

L'impression qui ressort de la lecture de ce manuscrit est celle d'un travail très exact et très fidèle, mais il est évident que, vu le passage du temps et les progrès de la science, les particularités de l'oeuvre de Brizeux seront pour la plupart surannées.

Cependant, les études de toponomastique bretonne, toutes nombreuses qu'elles le soient, n'ont jamais été arrangées d'une façon convenable dans le sens qu'indiqua Brizeux. Or, on n'a qu'à examiner en passant quelques-unes des notices bibliographiques dans le texte de cet ouvrage pour juger si les essais de toponymie bretonne sont difficiles à employer.

Voici donc la raison d'être de cet essai: le manuscrit de Brizeux fournit l'ébauche d'un ouvragequi pourra valoir si les traits sont insérés sérieusement d'après les méthodes scientifiques. On ne s'attendra donc à trouver dans le texte ni les étymologies depuis abandonnées, ni les renseignements littéraires que l'on trouve aujourd'hui dans maints livres sur la Bretagne. La liste des noms étudiés est celle de Brizeux moins les noms de développement purement romans dans le territoire haut-breton et moins ceux qui sont à attribuer à des cultes de saints tout modernes et non-bretons. Elle comprend la plupart des noms de communes bretonnes et un certain nombre d'autres noms intéressants ( de fleuves, de forts, etc.).

Cet ouvrage n'est donc conçu que comme le premier essai d'une oeuvre qui reste à faire: l'oeuvre de mettre à la disposition des étudiants intéressés les résultats d'une science peu accessible, car la science inaccessible est de la science inutile.

Ainsi, le lecteur comprendra pourquoi nous avons apporté un soin tout spécial à l'étude des noms appropriés trouvés dans le teritoire brittonique et non-breton, surtout en ce qui concerne les noms bretons qui ne sont pas encore tous expliqués

. Tout nom étudié a son titre, et si le nom étudié sous un sujet plus général ou sous n'importe quel autre nom, on trouvera un renvoi. Les noms de lieu de la Basse-Bretagne apparaîtront sous leurs formes bretonnes, si la prononciation du breton n'est pas indiquée très exactement par l'orthographe française. Les sources des formes bretonnes employées sont les suivantes: Roparz Hemon, Geriadurig-dourn brezonek-gallek: Dictionnaire pratique breton-français ( Brest, moulerez 'Gwalarn', 1928 ) - pour la plupart des noms de Léon-Cornouaille-Tréguier; Emile Ernault, Dictionaire breton-français du dialecte de Vannes ( Vannes, Lafolye, 1904 ) - pour le Vannetais bretonnant; Pierre Le Roux, Atlas linguistique de la Basse Bretagne ( Rennes, Plihon, 1924 -) - pour les points d'enquêtetouchés; enfin, pour les noms omis par les précédents je me suis fié à Brizeux ou à des renseignements personnels.

Des parenthèses mises après les noms indiqueront d'abord la carte de l'Etat-Major où se trouvera le lieu, ensuite l'orthographe employée par la cart si elle diffère de l'orthographe donnée dans le titre, enfin l'indication de son département: F. (Finistère)....etc

Ainsi, par exemple: ' Lanneur, fr. Lanmeur ( 41 S.-E. Lanmeur F.)' , où Lanneur, donné au commencement est le nom breton, Lanmeur est le nom français, 41 S.-E. est la carte de l'Etat-Major N°41, section sud-est, sur laquelle le nom apparaît sous la forme Lanmeur ( non Lanneur ), et F. représente Finistère, département où se trouve Lanmeur.

Une parenthèse mise après un nom de lieu de la Cornouailles insulaire (Cornwall) indique la carte de l'Ordnance Survey. Les crochets sont réservés en principe aux renvois.

C'est avec la plus grande reconnaissance que je fais mention de mon maître M. le Professeur Gray, qui m'a guidé constamment dans tout aspect du travail, de M. le Professeur R. G. Kent de la Linguistic Society of America et de MM. les éditeurs de cette société, à cause de l'assistance généreuse et des conseils qu'ils m'ont offerts dans la rédaction, de MP. Roger Howson, ancien directeur de la bibliothèque ( Libraran ) de Columbia University, qui m'a aimablement facilité l'étude du manuscript, et de M. le Professeur F.N. Robinson de Harvard University, qui m'a fait des suggestions détaillées des plus utiles.

Je veux exprimer aussi ma plus vive reconnaissance des conseils, des renseignements, et de l'amabilité toute bretonne qui me sont venus de la part de M. le Professeur Pierre Le Roux de Rennes, de M. Saout, recteur de St Goazec, de M. Le Dault, libraire de Quimper, de M. F. Gourvil de Morlaix, de M. Raymond Delaporte fils, de Châteaulin, et de M. Y. Le Goff, notaire de Gouézec.

Enfin, je suis non moins reconnaissant à ceux qui m'ont aidé dans le travail ennuyeux et routinier indispensable à préparer tout ouvrage de prétentions scientifiques, c'est à dire, à M. Jean Guilbeau, à ma soeur Mme Albert Falk, et à mes amis MM. William Bridgwater et Raymond Dixon.

Quelques qualités que puisse avoir cet ouvrage sont attribuables aux personnes que j'ai nommées, mais moi seul suis responsable de ses fautes.